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Caverne sur l’ Ile d’Anticosti, Québec

Pourquoi les Druides n’ont-ils pas codifiés par écrit  leur enseignement? 

Je ne suis qu’un étudiant Québécois. J’ai découvert les racines de ma culture que depuis une dizaine d’années. Pour moi le Druidisme est à l’Occident ce qu’est le  Bouddhisme à l’Orient, soit une Sagesse, une Lumière.   

 Dans l’étude du Druidisme et des traditions celtiques, deux écoles s’affrontent : l’école académique qui déclare que la tradition des druides est morte au Ve siècle avec  les persécutions et l’autre qui proclame qu’une grande partie de l’héritage des druides  et des druidesses est encore vivant. Cet héritage culturel se serait transmis  à  travers les siècles via de nombreux canaux dont nous parlerons.

Pour les besoins de cet article, je suis allé piger dans mon expérience personnelle .

Depuis trente ans, j’étudie le bouddhisme, les voies martiales traditionnelles japonaises (kobudo) et la culture japonaise.Au Japon, dans les écoles traditionnelles, il y a un enseignement ouvert à tous ( exotérique) et un enseignement réservé  aux élèves( ésotérique) qui deviendront professeur et  qui transmettront la tradition (ryu). Je ne parle pas de l’étude dans les fédérations qui sont des institutions impersonnelles , artificielles et très limitées dans leur corpus d’enseignement.  

 On appelle école traditionnelle la méthode d’enseignement et la passation des pouvoirs. Dans un ryu, l’enseignement est donné directement du maître aux élèves. Cette façon de faire rappelle  la relation du maître –apprenti  que l’on retrouve dans l’étude de diverses disciplines en Europe, au Moyen-âge.

Dans le Koryu, le professeur enseigne les techniques, la  vision du fondateur du ryu  , sa vision personnelle qui réactualise cette tradition  et il guide l’élève dans sa démarche spirituelle. Dans certaines traditions martiales, l’individu qui est accepté comme élève, fait serment sur son honneur et par le sang ( keppa) de ne jamais révéler les secrets de sa tradition.

Pour avoir fréquenté de nombreux académiciens japonais et des historiens, je peux vous assurer que ces gens n’ont jamais accès aux archives des  ryu,  à  moins d’être eux-mêmes étudiant en kobudo

Lors de mes études , au département des Études-est-asiatiques, de l’Université de Montréal, aucun professeur  ne pouvait  nous parler des Voies Martiales traditionnelles japonaises, si ce n’est que de quelques éléments que l’on retrouve dans des publications grand public. Ceci dit, lors de mes études ,le chargé de cours , connaissant ma formation dans deux ryu  traditionnels , il m’invita  à parler aux élèves de la classe  du système d’enseignement marginal et traditionnel des ryu.   Malgré toutes les connaissances de l’élite académique, une large part de la culture japonaise demeure cachée au grand public. Les écoles traditionnelles ou  ryu ont des archives ( makimono) qui ont entre 500 et 1000 années d’histoire.  Ces makimono sont des rouleaux sur lesquels sont rédigés  les secrets des ryu et leur lecture encodée est réservée à celui qui deviendra le Maître de la Tradition, le Soke.

Aucun historien n’a accès à ces archives. Ces documents  véhiculent des erreurs volontaires dans la description des techniques d’arme et de la stratégie de combat. Ces erreurs visent à préserver le secret du ryu, si par  malheur le makimono tombait entre les mains ennemies. Les clés du codage sont transmises verbalement du Soke à son Deshi, son successeur.La transmission se fait dans le secret et en privé, de  le principe d’initiation.

Il est interdit  au disciple de mettre par écrit les secrets du makimono. Encore aujourd’hui, si le Maître meurt subitement, sans avoir transmis  les secrets  du Ryu, la lignée de la transmission s’éteint  avec la disparition du maître . 

Ceci veut dire  que le Ryu n’aura plus de Soke: Maître en ligne directe avec le fondateur de la Tradition.

Par la suite, la discipline se transmettra  via les  élèves les plus compétents, les plus anciens. Chacun des élèves qui perpétuent la tradition  comblera   le vide  laissés par l’enseignement du  Maître avec des éléments  stratégiques, psychologiques ou spirituels puisés dans son expérience personnelle et ses cogitations.

Cette  nouvelle orientation , donnera une couleur personnelle à cette  branche du Ryu.  À  l’origine la discipline était un art martial (bujutsu) une discipline guerrière , alors  qu’aujourd’hui  elle devient pour l’homme moderne une discipline, une Voie martiale qui vise à faire épanouir chez l’individu la Sagesse.

 Ceci dit, il est possible que le professeur qui a consacré plusieurs décennies à l’étude d’une discipline, ait sûrement les compétences pour enrichir sa tradition de ses réflexions et de ses intuitions spirituelles. Un Ryu est une entité vivante qui a une croissance et qui a  tendance à s’ajuster aux époques et aux individus. Les traditions  doivent se réactualiser (keikoshokon) si non , elles meurent dans la solitude ;elles n’intéressent personne.

 Eh bien, nous pouvons nous rendre compte qu’une importante partie de la culture japonaise  s’est transmise à  l’extérieur des canaux académiques formels. Cette transmission me rappelle  celle des Ordres et des Sociétés secrètes d’Occident. Ces organismes marginaux ont suivi une démarche parallèle  à  celle de la société, tout en préservant  un enseignement réservé à des élèves choisis.  L’enseignement de la sagesse druidique en Occident a été  victime des persécutions religieuses et de  la sauvagerie de l’Inquisition romaine. Mais elle a survécu.

 Oui, les Druides, refusaient de mettre par écrit leurs enseignements, pour les raisons mentionnées ci-dessus, mais également parce que la tradition étant vivante, le savoir se devait de l’être également, par les disciples, qui devaient connaître par cœur le vaste enseignement, et ils pouvaient s’aider pour cela de certaines techniques mnémoniques. Pour chaque initié druide, c’est le savoir qui se transmet et se réincarne, comme la vie.   Les Celtes connaissaient l’écriture, il existait différents dialectes, notamment en Gaule. Les celtes utilisaient également la langue Grecque pour rédiger la chronologie de leurs batailles et les grands événements sociaux.  

 Comme dans les ryu japonais, il y avait chez les  druides un enseignement public, contenu dans les rituels des célébrations et un enseignement  secret réservé aux disciples, un enseignement initiatique .  Or, une large partie de la culture celte nous est parvenue à travers les rites, les rituels, la musique, la mythologie irlandaise, écossaise, galloise et bretonne et les écrits d’historiens. Par ailleurs, l’enseignement initiatique s’est perpétué, notamment, par la croix initiatique, les triades bardiques et philosophiques, le Bardas, et l’enseignement de maîtres à disciples. 

 Ici au Québec, la tradition celtique a trouvé un terrain fertile et un environnement favorable à son épanouissement. En 1665, le roi de France accorde une aide importante à la défense de sa colonie et envoie 1300 soldats appartenant au Régiment de  Carignan-Salières pour mater l’Iroquois. Le 18 juin 1665, le premier contingent du Régiment de Carignan-Salières (ainsi nommé parce qu’il est commandé par le colonel Salières) débarque à Québec.L’arrivée du Régiment de Carignan met fin à la menace iroquoise, et les efforts de Colbert et de l’intendant Talon font passer, en quelques mois, la population québécoise de 4000 à 6300personnes. Une large partie de notre population est  descendante de ces gens parti de Larochelle dont la plus part étaient d’origine bretonne et gauloise.

Il y a en nous, québécois,  de très puissantes racines celtiques. De plus, nos frères amérindiens pratiquaient des rites et des rituels qui sont très près  des rites celtiques. Les peuples de la terre ont une façon de s’exprimer qui leur est commune.  D’ailleurs, au Japon dans le Shintoisme et le bouddhisme Shingonshu (ésotérique-Mikkyo) on retrouve là encore des rituels tournant autours de l’usage des 5 éléments et des forces de la Nature. Tous ces peuples célèbrent les grands cycles de la Vie et de l’évolution.. 

Les rites varient  selon la culture. Cette démarche spirituelle, des traditions ancestrales, est en train de renaître. L’homme occidental, être raisonnable qui questionne tout, n’accepte plus de se plier aux mythes d’une religion étrangère, d’un monothéisme exclusif , jaloux qui va  à l’encontre des valeurs morales de l’homme moderne. Le druidisme est une Sagesse comme le bouddhisme, il ne donne pas de réponse,  seulement des outils qui aident à trouver les grandes réponses existentielles.

Dans la tradition druidique, il y a des éléments traditionnels transmis à travers la culture, des éléments rassemblés et regroupés grâce à des hommes érudits comme Philéas Lebesque et une réactualisation de rituel qui correspondent mieux à la psyché de l’homme d’aujourd’hui.  Rien ne traverse le temps sans subir des modifications.     La tradition inchangée est un mythe et va contre tous les principes de l’évolution. 

Le druidisme est en train d’évoluer et de s’ajuster aux attentes de l’homme moderne. Nous verrons l’homme dans un avenir rapproché découvrir qu’il  n’est pas un élément isolé de la nature, ni un pion dans une création mythique mais une fibre  d’un Tissus cosmique et qu’il est aussi cet Univers.  Cet individu cherchera à explorer la voie de la symbiose avec les forces de la Nature, au lieu de percevoir cette dernière comme une entité à être dominée . Pour plus de renseignement sur la tradition druidique, vous pouvez communiquer avec «Les Druides du Québec» et poser votre question sur le Forum. 

GENISTOS
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Musique: The celtic circle

 

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